Quotidiennement

Quotidien

Le matin. Je parle de chaque matin et plus particulièrement de tous ces jours où je programme qu’un appareil va envahir mon oreille et m’expulser de la nuit pour m’obliger à quitter le territoire.  Pour être certain que tu as bien réintégré le bon corps celui que tu avais hier, que c’est bien de toi là qu’il s’agit, tu te pinces et émets des sons, des mélopées, des bribes de chants populaire. Tu te soulèves. Tu te roules en avant et chutes dans le monde du jour. Tu accostes mets pied à terre et file au pot et. Tu chauffes l’eau, nettoies les gamelles, traines la savate jusqu’au volet que tu ouvres. Tu rencontres ta journée, ton jour nouveau est arrivé, un nouveau ciel, de nouveaux nuages, tu t’acclimates pour tout à l’heure quand tu seras dehors à l’air libre. Tu ne t’étires pas, il n’y a que dans les films que les gens s’étirent quand ils se lèvent, tu ne t’étires pas tu t’emmènes d’un  endroit à l’autre en faisant évoluer un corps pas pleinement conscient de son rôle. En route tu te pares d’un vêtement, un habit qui fera le moine qui fera l’affaire jusqu’au soir, au tombée de rideau, au 12ème coup de minuit. Tu te connectes. Tu rebranches le système qui tu l’espères te permettra d’être relié au fonctionnement du monde. Le matin tu as faim. Le matin tu es d’abord un animal, une bête inadaptée à la civilisation. Tu erres longtemps dans ton antre avant de t’en aller à la dernière minute, la minute juste avant d’être en retard. Le matin tu mets le moteur de ton humanité en marche et ça prend un peu de temps. Le soir je me raccompagne à la frontière des ténèbres. Parfois je m’endors dans le fracas de la télévision et. Ça recommence. Tous ces matins réveillés au tocsin d’une machine électronique et dont, proportionnellement, le son équivaut au signal d’alarme d’une centrale nucléaire. Tout ça pour que le moteur de ta vie crache encore sa petite mélodie avant de descendre en enfer ou tu brûleras païen. Aujourd’hui encore va gagner ta vie, tu vas la gagner bordel parce que t’as cru quoi qu’elle était à toi que t’en faisais ce que tu voulais. Tu te hais de céder mais ça n’influence pas l’univers, tu te jettes avec force dans un monde qui ne t’attend pas et tu kilomètres tes efforts. Pourtant chaque matin tu espères le matin d’après. Au suivant !

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Attention

J’ai repris en main les rênes de mon quartier et plus globalement ceux de ma vie pour tout dire. J’ai commencé par prendre l’initiative du repas entre voisins. J’ai fait un gâteau et offert un verre d’eau à chacun pour faire passer le goût de l’acide cyanhydrique.  J’ai fait attention à composer des petits sacs pour ne pas boucher le vide-ordure. Je fais de plus en plus attention à avoir une démarche écologique et citoyenne dans ma vie de tous les jours. Je pense que la politesse, le respect, le bien vivre ensemble sont importants pour le développement d’une communauté harmonieuse. Il ne se passe pas un jour sans que je fasse un effort pour être en accord avec ces valeurs que ce soit avec ma collègue qui lundi a expiré, le tampon de la société au fond de la gorge ou encore vendredi quand à peine arrivée dans le hall de l’immeuble la femme de ménage sans me regarder me souhaite une bonne journée en me prévenant pour la pluie et que je me retourne pour la saisir à la gorge et tirer d’un geste sec. Ou encore cet autre jour l’attente est longue chez le traiteur asiatique sous les halles, il est bon, il est cher mais il est bon, il est long aussi mais il est vraiment bon. Derrière moi quelqu’un cherche à me dépasser, je lui enfonce ma clé dans l’œil et l’homme devant moi choisi les derniers accras. Tous ces efforts me coûtent mais je continue de traverser le jardin sans descendre de vélo. J’attends que le gardien me demande de mettre pied à terre.

Ceci dit le quartier a retouvé son calme depuis qu’on n’entend plus la scie circulaire de la petite entreprise de la rue du Cluzel.

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Crimes

 

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Serf, adj, nom qui était attaché à une terreur et dépendait d’un saigneur

aïeTandis que je marchais en plein après-midi d’une belle journée de juin pour rejoindre mon nouveau lieu de travail, je me disais, là en ce moment même pour chaque pas que tu fais, tu es payée. Là ton trajet est un temps de travail. Ton déplacement pour aller de là à là est payé. Et comment dire, je trouvais ça génial et tout de suite en même temps triste. Comme l’association des mots esclave et affranchi. J’étais devenu libre de me déplacer dans la ville en pleine journée, je n’étais plus coincée dans une salle de classe — un moment j’ai fait partie de l’éducation nationale — à lutter contre mon désir de faire naître l’envie de foutre le bordel par des jeunes gens égoïstes et dominés par leurs hormones. J’ai cru, un bref instant, j’ai été enivré, un bref instant, par l’illusion de la liberté mais je pressentais déjà que c’était une liberté surveillée, une conditionnelle, dans une prison à ciel ouvert.
Cependant je découvrais un autre façon d’occuper mon temps et de vendre ma force de travail. Et je pouvais déjà tirer le constat suivant, le travail même si tu l’aimes ça fait mal au corps, au bout d’un moment ça l’use, ça tire, ça pique, ça brûle premièrement. Et deuxièmement, nous, les êtres humains, nous sommes bien trop gentils, enfin je sais pas les autres mais moi c’est évident, un rayon de soleil, une odeur de lilas, une RTT, trois sourires et deux bonjours et hop j’oublie l’arnaque. Mais nos corps eux n’oublient pas. Il y a une des filles de la compta qui en fin de saison porte une minerve, les cervicales. Si c’est pas les sinus des uns c’est le crâne d’un autre, le dos de celui-là, les tripes de celui-ci. De quoi ça parle la maladie ? Eczéma prurit maladie de peau talon d’Achille brûlure d’estomac prothèse de la hanche oreille arrachée genoux en vrac cervicale coincée scoliose mal soignée bronchite asthmatiforme dos en compote disque écrasé sciatique chronique AVC. Qu’est ce que ça dit ?

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Georgia – Philippe Soupault – 1926

Pom

Je ne dors pas Georgia
Je lance des flèches dans la nuit Georgia
j’attends Georgia
Le feu est comme la neige Georgia
La nuit est ma voisine Georgia
J’écoute les bruits tous sans exception Georgia
je vois la fumée qui monte et qui fuit Georgia
je marche à pas de loup dans l’ombre Georgia
je cours voici la rue les faubourgs Georgia
Voici une ville qui est la même
et que je ne connais pas Georgia
je me hâte voici le vent Georgia
et le froid et le silence et la peur Georgia
je fuis Georgia
je cours Georgia
Les nuages sont bas il vont tomber Georgia
j’étends les bras Georgia
je ne ferme pas les yeux Georgia
j’appelle Georgia
je t’appelle Georgia
Est-ce que tu viendras Georgia
bientôt Georgia
Georgia Georgia Georgia
Georgia
je ne dors pas Georgia
je t’attends Georgia

 

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Projet à ciel ouvert

MADAME, MONSIEUR, BONJOUR.

Mon projet d’habiter sur les ronds points n’a pas abouti. J’ai essayé, j’ai même fait des rencontres très intéressantes. J’ai par exemple eu la surprise de rencontrer une personne qui lisait « des poèmes à crier dans les ruines » à voix haute. Il en connaissait un rayon question rond point. Il m’a filé quelques tuyaux mais c’était pas vivable, j’étais pas assez préparée.

Surtout pour le ravitaillement, la nourriture. Pour aller faire les courses il fallait rejoindre le bord de la route et j’ai parfois du attendre plus d’une demi-heure avant d’entrevoir une opportunité vite détruite par l’arrivée imminente d’un 38 tonnes que j’avais appris à reconnaître de très loin. J’étais en passe de devenir l’indien du rond point dans la lignée de celui qui se trouve à Orleans-La source, un pilier de l’orientation du Loiret. Mais le stress ainsi que certains événements m’ont décidé à revenir. Ceci dit j’ai vu du pays. Aujourd’hui j’ai retrouvé un petit emploi dans un petit centre culturel. J’en suis pas mécontente même si je suis toujours contre l’asservissement des êtres humains au capital, j’essaie de sublimer comme dirait la personne que je vais voir. C’est pour ça dorénavant je vais explorer toutes les manières de perdre son temps, passer le temps, tuer le temps, laisser le temps au temps.

ça prendra le temps que ça prendra.

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Dimanche

Tous les dimanches ne se ressemblent pas. Le dimanche j’ai le choix du rythme des repas, du programme télé, des ballades, de la cueillette des champignons ou de la peur du lendemain j’ai le choix. Le dimanche on voudrait qu’il ait une autre odeur, qu’il soit imprégné de l’odeur du chocolat et de la vanille, d’éternité et de farniente. Mais le dimanche c’est souvent l’ennui qu’il sent. Moi j’aime bien m’ennuyer, j’aime bien ne pas remplir les dimanches, ne pas savoir quoi faire de ces fausses heures de liberté. Alors je grignote. Et je dors. Et je regrinote. Et je laisse mon corps s’abandonner dans le fauteuil, le canapé et les coussins. Parfois le corps se love contre d’autres corps, ils fusionnent et collent, alourdissent encore le poids sur le canapé, le fauteuil et les coussins. J’ai pas de problème avec le dimanche parce que je n’ai pas de problème à me vautrer dans au mieux un « spleen diffus » au pire un ennui mou que j’accompagne en pyjama, en caramel, bonbon et chocolat et en rongeage d’ongle en particulier l’index de la main droite, zappage télévisuel infini ou sérendipité internetesque qui me mènent du calendrier grégorien à la loi Macron par exemple. Voilà, j’aime le dimanche, faut pas me faire chier c’est tout.

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Scène d’exposition

amouramer

La scène se passe sur une barricade, un parapet et une île.
Un amour amer et âcre et un million d’oiseaux s’échappent d’une fleur bleue. Sous la vigueur des cieux et d’une lune navrante, un enfant traine un bateau frêle, une larme de coton traverse des flammes, un bel ange brûle. Des étoiles batifolent en attendant l’avortement d’un langage fait d’images avariées, un langage pas fédé, pour se la raconter Poète, j’adore.

Je vis à ma faim au bord d’une galaxie composée de planètes éloignées peut être mais qui je le crois dur comme fer veillent sur nous pour que tout se passe à merveille. Ca ne se voit pas encore mais elles veillent à ce que tout le monde soit servi. Tout le monde tu m’entends. Elles veulent  que nous vivions au delà des limites de l’entendement, sans armements, la paix des braves.Ça m’est totalement égal, ce n’est pas comme ça que je ferai ajoute quelqu’un.

Du coup on recommence tout depuis le début.
J’ouvre le dictionnaire. Je pioche un mot au hasard.
Modénature : n.f. traitement ornemental ( proportions, forme, galbe) de certains éléments en relief ou en creux d’un édifice et en particulier des moulures.

 

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Speed Dating

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Un Rendez-vous rapide. Une question de chance, une évidence, le bon moment. Quand il prendra la place laissée vacante en face de moi je me dirai pourquoi pas lui, je le connais depuis maintenant et quelques. Une caisse de résonance à malentendu plus tard, nous nous dirons pourquoi ne pas s’aimer après tout. Levons les voiles, la question du change, du coût de la vie, une mise à plat de l’équilibre du budget plus tard et le projet d’amour semblera compatible avec nos taux d’intérêt commun. J’achète. D’investissement en investissement notre entreprise prendra de l’ampleur, du commerce de nos sentiments nous consoliderons les fondations. Qu’est ce qui change le goût de la vie ? L’ équilibre du budget ? la compatibilité de nos taux d’intérêts ? Je vends. Le solde de nos actifs seront positifs, nous ferons le nécessaire pour que le capital ne soit pas entamé. Du commerce de nos sentiments nous consoliderons les fondations. Dans notre usine à bonheur, le cœur de la machine tiendra la cadence, nous intensifierons la production de nos hormones mâles et femelles. Le solde de nos actifs resteront positifs. Nos corps ne seront plus sur le marché. La concurrence sera rude mais la confiance sera là. Dans notre usine du bonheur, le cœur de la machine tiendra la cadence. Les délocalisations ne seront pas de mise dans notre petite entreprise. On favorisera l’artisanat, au flux tendu on préfèrera le sur mesure. Nos corps ne serons plus sur le marché. La concurrence pourra être rude mais la confiance sera là. J’ai l’impression qu’on est d’accord. Le temps imparti est écoulé. Tu dois y aller. Tu me manques déjà.

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