Un climat clément

Les haïkus de ma mère

Janvier, il gèle
Panorama contemplant
Un banc dans le fond

Depuis 2008, je filme un peu tous les jours. Le 1er janvier de l’an 2018, j’ai entrepris de monter les images de mon année 2017. Ce montage est un galop d’essai de ce que j’aimerai entreprendre cette année, monter les images que je prends depuis 10 ans.

C’est après avoir entendu Bruno Dumont dire : « Le cinéma est capable de retrouver la cause de la littérature. » et Philippe d’Escolat définir l’analogisme comme la possibilité «  de donner de l’ordre dans la diversité perçue des éléments du monde en articulant ces éléments par des relations de correspondance » que je me suis lancée en me disant « Bondla ! mais c’est ça que je vais faire du cinéma littéraire par montage analogique !

DÉJÀ VU
LANDS CHAFF (1480) : le tableau qu’offre le pays au regard.
C’est quoi une ville ? Un paysage ? Un territoire ? C’est qui ce pays ?

Il y a d’abord eu New York. La ville qui ne dort jamais. C’est quoi une ville qui ne dort jamais. J’ai l’impression qu’elle se nourrit de l’énergie des êtres vivants. Il y aura Detroit, il y aura Chicago, Las Vegas, Los Angeles, San Francisco.

Des villes vampires.

Elles absorbent et projettent des ombres qui titubent comme les flammes des bougies juste avant de s’éteindre. Toutes les villes sont surnaturelles. La nuit surtout.

J’ai beau filmer en gros plan des détails, zoomer sur des noms de ville, faire des plans fixes en plan large. Tout ce que je filme je l’ai déjà vu. Je collecte des signes dans la langue du divertissement.

La ville américaine pour moi c’est d’abord une fiction. Ça devrait me plaire.

Je finirai par comprendre que ce qui me plait avant tout c’est le nom des villes. Et ce sera partout pareil aux États Unis.

J’essaye de voir en quoi la route est Américaine. Je réfléchis à mon choix de la traversée par la route américaine. Le bateau le bus le train. Organiser un road trip sans conduire soi même. Choisir le transport en commun. Et quoi faire de toutes ces images prises par la fenêtre des transports en commun.

Il faut que je réfléchisse à la question du travelling
L’horizon est courbe à cause du grand angle.
Les perspectives les lignes de fuites les trouées de rue se jettent avec plus ou moins de lenteur et de chance dans mon objectif.

Moi très clairement j’aime faire des face à face avec le soleil. J’aime quand mon objectif après une série de façade tombe nez à nez avec le soleil et que toute l’image est renvoyé à ses contours.

Je ne sais pas faire le point faire le net. J’aimerai bien savoir mais quand j’essaye je ne vais pas assez vite et pendant ce temps la vie se déroule. Alors tant pis ce sera flou, je dézoomerai comme une sauvage, je couperai trop tôt, je cadrerai approximativement. C’est de cette façon que je continuerai d’adhérer aux mondes que je traverse.

Je ne me suis pas rendue compte tout de suite que quelque chose clochait, du malaise que suscite en moi l’écart entre ce que je filme et ce que je ne filme pas.

A Chicago devant le lac Michigan j’ai eu hâte d’être en été d’avoir chaud d’être au soleil de rejoindre mon objectif initial primaire primordial et primitif trouver un climat clément.

Ça commencera à la Nouvelle Orléans ça prendra fin à Los Angeles.
Avant il faudra traverser les États Unis du Nord au sud et d’est en ouest. Les déserts. Les grands canyon. Les lacs. Les océans. Tout est au pluriel. Les pauvretés aussi et ça je n’arrive pas à le filmer.

Je peux juste montrer des morceaux de ville Américaine, constater que c’est un décor et qu’il y a la nature américaine qui est aussi un décor.

C’est quoi un paysage ?
Est ce que le paysage est un panorama
quel est le sujet d’un paysage,
est ce qu’il a un pays,

est ce qu’il a sa propre langue ?
qu’est ce qu’il dit, qu’est-ce qu’il raconte ?
Est ce que le paysage est la représentation pittoresque du pouvoir capitaliste ?
Est ce que le paysage fait partie de la propagande ?
Est ce que le paysage appartient au territoire ?
On occupe le territoire est ce qu’on peut occuper le paysage ?

Le paysage est un récit
un tissus de mensonge
une exagération
un argument de vente
Un parc d’attractions.
Le paysage est une image quand on le traverse on la déchire.

Mes paysages. Intérieurs, imaginaires, inconscients. Mes jardins. Tours, les jardins de la France, mes jardins secrets, ma petite vie, le jardin des prébendes. Les usa, l’Australie. Les grands espaces, les horizons. Les attentes.
Est-ce que je traverse un paysage où est ce que je pénètre un territoire ?
Quand est ce que je traverse et quand est ce que je pénètre ?
Je traverse les paysages de mes fantasmes.
Je pénètre le territoire des souvenirs. De l’enfance.
Je scénographie pour donner à voir une image de mon territoire.

Le territoire c’est Madagascar.

Ce territoire es-il mon pays ?

 

 

je suis américaine

Depuis une semaine mais quand même. Il y a cette phrase qui m’avait marquée quand j’ai lu Voyage au bout de la nuit, « New York une ville debout » et depuis je rêvais de voir cette phrase. C’est fait. C’est vrai. Les phrases c’est balaise. ça me donne envie de relire le livre.

« Parlons-nous tous la même langue ? »

Une journée d’ateliers d’écriture
et
Atelier de f(R)ictions Radiophonique

Samedi 2 septembre
De 10h00 à 16h00
à Artefacts
30 rue André Theuriet à Tours (salles du RDCH)
(derrière le centre de vie du Sanitas)

Cette journée, premier événement du Pôle écritures créé au sein de la Coopérative d’Activités et d’Emploi culturelle ARTEFACTS, est conçue comme un geste de création collective.
3 styles, 3 ateliers, 3 X 2 heures
A partir de matériaux proposés par Warda, créatrice sonore, les auteures Marie Remande, Laëtitia Testard et Léa Toto donneront des propositions d’écritures à chaque groupe de participants. A l’issue de ces six heures d’ateliers, des fragments des textes produits seront choisis par les auteures et donneront lieu à une création radiophonique diffusée en direct le soir même sur Radio Campus.
35 euros la journée. 5 euros chômeurs – minima sociaux.
Ces ateliers ne nécessitent aucun niveau d’orthographe ou de grammaire

Peser de tout son poids

Where do you come from

 

Dans les rayons de l’alimentation du supermarché, quand je veux attraper un article qui se trouve tout en haut d’une étagère je suis obligé de me hisser en prenant appui sur le bas de l’étagère. A chaque fois j’ai peur de faire dégringoler toute l’étagère de mettre le rayon à sac et que ça provoque une catastrophe. Ça me consterne.
Souvent devant le supermarché il y a ces jeunes gens, jamais plus de deux, toujours avec au moins une bête, un chien souvent sagement allongé en boule sur une couverture. Prendre soin de la bête comme premier respect. Qu’est ce qui pèse dans leur balance à eux? Qu’est ce qui compte pour eux ? Est ce que dans leurs arrières pensées, il y a un lac, un océan, une étendue d’eau, un horizon? Qu’est ce qui compte pour eux ? Qu’est ce qu’il se raconte eux là qui traversent les villes par la rue principale ? Pour rejoindre quoi ?
Un arbre sur une presqu’île. La bannière d’un état à eux. Un état au bord des villes. Le temps qui file. Un feu fait de tout bois. Une clé qui déchante demain. Vous allez ou quand vous allez par là ? Est ce que vous avez une destination finale, un but, une ligne d’arrivée ? Est ce que vous errez ou est ce que vous avez la bougeotte? Est ce que ça vous plairez de vous sédentariser , est ce que ça vous fait peur ? Que pensez vous de demain ?

Entre-lieu

Les bars, la place, les terrasses, la fac. Une première volée de marche pour entrer face Est pour se retrouver face au grand amphi. Une deuxième salve de marches en haut penser wouah en découvrant le fleuve l’île et le pont et au bout un long couloir sur lequel s’accroche l’amphi A, l’amphi B et l’amphi C, les affiches, les tracts, les annonces. Au bout la cafèt. J’attends là le début du cours magistral d’ancien français, d’histoire littéraire, de linguistique. La cafèt de la fac comme une salle d’attente avant d’entrer dans le vif du sujet. J’ai rendez-vous avec des docteurs spécialistes des mécanismes de la langue, des articulations textuelles, des intentions poétiques. Les corpus littéraires gisent là et moi il n’y a pas un cours ou je n’ai pas eu le trac avant d’aller m’installer au fond mais pas trop de l’amphithéâtre A. Heureusement il y a la place, les terrasses, les bars. Un lieu entre un dehors, champs, forêts, ruisseaux, cascades et un dedans, les marches, les étages, les couloirs. Les bouts des tunnels et leurs lumières blanches. Les retours à la vie.

Rue César Franck

La rue César Franck forme un angle droit. L’axe des ordonnées est composée des numéros 2, 4, 6.  L’axe des abscisses est composée des numéros 8, 10, 12. La rue César Franck n’a pas d’impair. Entre l’abscisse et l’ordonné la route fait le tour d’un parking. Chacun de chez lui peut garder un œil sur sa voiture et pour une seconde 10 minutes ou toute la journée être spectateur de la circulation des biens et des personnes de la rue César Franck, de la rue Camille Flammarion et du boulevard Marie Stuart. Une fois un samedi, le parking a servi à une fête de quartier. Il n’y avait plus aucune voiture et dans le vide  résonne  l’écho d’une adolescence à l’eau écarlate.

Juste avant le 2 de la rue, il y a un carré de pelouse sur lequel pousse des buissons courts piquants et marrons dans lesquels on aura un temps l’idée de pousser par surprise l’interlocuteur avec lequel on est en train de faire un bout de route et qui se trouve du côté buisson court piquant marron qui borde les plates-bandes entre 2 porches. Entre le 6 et le 8 il y a un passage pour descendre aux caves du 8, 10, 12, surmonté d’une rambarde qui sert de poste d’observation. 22 !

Au 2 il y a Joachim et Fernando, au 4 Cathy, au 6 Corinne, au 8 Etienne, au 10 ma mère deviendra veuve puis perdra son fils, au 12 on l’appelait Kalaï on disait ta mère t’as fait de la morue. Après viendront les Turcs, après les vietnamiens,  après les somaliens. Les immeubles font 4 étages. Il y a 2 appartements par palier tous des F4. Nous on avait chacun notre chambre.

« La main tenue jamais ne trébuche »

Une marche ascendante le long d’un trottoir bordé de garages fermés, sauf un parfois, pas toujours le même mais à chaque fois jeter un coup d’œil. Passer sous l’arche creusée dans l’immeuble en restant sur le trottoir. Contourner la station-service les yeux rivés au sol et un jour trouver un franc. 

La grande route maintenant. Les larges bandes blanches tracées sur la route, s’appuyer dessus et se prendre pour un héros traversant des ponts bricolés dans la jungle, les voitures à grande vitesse comme les crocodiles dans le fleuve, les phrases dans ma bouche, l’autre franchissement, un mur un angle un bloc et l’autre grande route l’autre passage piéton de l’autre côté. Dans la rue des maisons avec les barrières blanches jusqu’au labyrinthe de venelles entre des maisons cachés et des murs débordés de branches d’arbres fleuris. Un chemin formé par des murs de pierres.

Le raccourci entre la maison et l’école. Des pelouses bien entretenues parsemées de nains de porcelaines, de lapins surpris, de buissons de ronces. Le manège enchanté, des jardins magiques,  pas de chiens méchants, des espaces verts oubliés, des chemins de graviers, fruités. La sortie sur le virage d’une route codée panneau avec un train, au creux de la route un café restaurant, l’approche de l’école annexe Charles Peguy, loin de la Loire proche de la boulangerie, les bonbons, le un franc trouvé une fois, les frites qui piquent et la mi-journée devant soi avant l’aller-retour du midi- la cantine à la maison.

4 fois le chemin 5 fois par semaine 4 ans durant parfois avec un autre souvent sans. Et chaque année les nains de jardin de plus en plus nombreux jusqu’à 7. Sur les chemins de la France apprendre à ses dépens la couleur de l’insulte. Hey blanche neige ! Nardin mouk. Répondre dans une autre langue et courir.

Toujours à partir des propositions qu’on peut trouver sur le Tiers Livre de François Bon que l’on peut suivre aussi sur sa chaine you tube

Boulevard des Marginaux

Des escaliers entre un immeuble et un supermarché servent de raccourci entre une place et la rivière ; une rue à sens unique en arc de cercle longe le Casino ; un square avec une fontaine sur laquelle s’élève une statue de Poséidon ; la poste en face de la banque de France ; l’hôpital en face de l’office notarial ; le banc en face du banc ;  des rectangles de gazon ras ; des échantillons de vignes ; au bout de l’allée la grande place ; de larges dalles ;  un parterre de petits jets d’eau qui surgissent du sol l’été ; une fontaine entourée d’autres jets d’eau stalagmites ; la statue de Gambetta ; face aux collines le bras tendu ; l’index indique le nord ; décembre l’installation des forains ; manège enchanté ; patinoire ; paint-ball ; jeux colorés ; odeurs de vanille et de praline ; au sol les racines explosent les trottoirs ; les terrasses de la brasserie et du café restaurant tabac sont sorties toute l’année ; de novembre à mars les tables vides ;  dedans les clients du jeu Amigo guettent l’écran ;  les piliers du bar commentent un peu de tout ; dehors les clopes fument ; la façade du Théâtre Municipal affiche les noms des artistes vus à la télé ;  le café de Paris d’un côté ; une agence de voyage de l’autre ; un rond-point ; le pont s’enfonce entre les collines en prenant une route tordue ; dans la vallée ; le ciel ;  le sud ; l’ouest.


 

Texte propulsé par L’Atelier D’Ecriture /Hiver 2016 / DU LIEU proposé par François Bon sur son site le tiers livre

Pleurer des rivières à quoi ça sert

 

Besançon [remplacer par la ville de province de votre choix] ? Il fait froid, il fait chaud, il pleut, il fait du vent à Besançon. À Besançon à côté de la préfecture à droite dans le jardin il y a des canards et des bancs. À Besançon les bancs sont à l’écart, entre les bancs et les gens il y a un écart qui laisse la place aux poussettes. Les trottoirs calibrés accompagnent les gens des magasins à pôle emploi. Le regard de la rue neutre, absent, voilé, en d’dans, a changé à Besançon. Depuis peu quelque chose en plus est là lors d’échanges de regards furtifs. Ça doit être à cause des événements. À Besançon tu baisses la tête pour marmonner à voix basse. Si tu lèves la tête tu aperçois des silhouettes derrière les fenêtres. Tu peux leur dire salut eh oh salut dis donc du monde aujourd’hui non? T’entendre répondre, non, d’une voix gentille, concernée d’une jeune fille que tu connais, c’est un petit samedi de fin de solde.Tu marches, tu regardes, tu penses, tu prends les passages piétons et même si tu es un usager vulnérable et que tu as la priorité regarde ou tu mets les pieds quand tu veux traverser. La ville on l’aime ou on la quitte. On la critique et on y revient. Tu manges, tu bois, tu danses, tu dors, tu recommences c’est ce qui fait vivre la ville. Si y’a pas les gens, la ville elle s’éteint toute seule. Qu’est-ce que tu veux faire en ville si y’a personne ? Elle s’ennuie la ville sans les gens. À Besançon, le Doubs est une rivière. Toutes les rivières se jettent dans l’océan. On a jamais vu l’océan trop plein repousser les rivières.

O+O

Visages et photos.

 

De face et en noir et blanc. Une petite fille pieds nus donne à manger à une chèvre. Je porte la belle robe du dimanche mes cheveux sont lâchés.

 

Debout un homme noir tient dans ses bras un petit paquet de linge blanc. À la manière de le tenir on sait que c’est un enfant. Il est sur le seuil d’une maison face à un photographe à qui il sourit. L’enfant c’est moi. Le petit oiseau c’est elle.

 

Le bas de mon visage, du bas du lobe de l’oreille à la ligne qui passe sous le nez jusqu’à ma bouche en comprenant le menton, cette partie-là s’est étalée et prend une forme rectangulaire. Ce qui avait une forme ovale s’est transformé sur le bas. Je finis par avoir une mâchoire carrée. Je finis par ressembler à ma mère.

 

Une photo ou je tiens attachée sur mon dos, à la manière de ce pays où l’on porte  attaché sur le dos retenu par un grand morceau de tissu les enfants en bas âge qui de ce fait accompagnent les mouvements des femmes dont les mains libérées exécutent des tâches à elles seules attribuer. Cette poupée est bien trop grande pour représenter un bébé. C’est celle qui est restée dans un pays rouge mis à feu et à sang paraît-il. Je vous crois. Je suis bien obligée.