Pleurer des rivières à quoi ça sert

 

Besançon [remplacer par la ville de province de votre choix] ? Il fait froid, il fait chaud, il pleut, il fait du vent à Besançon. À Besançon à côté de la préfecture à droite dans le jardin il y a des canards et des bancs. À Besançon les bancs sont à l’écart, entre les bancs et les gens il y a un écart qui laisse la place aux poussettes. Les trottoirs calibrés accompagnent les gens des magasins à pôle emploi. Le regard de la rue neutre, absent, voilé, en d’dans, a changé à Besançon. Depuis peu quelque chose en plus est là lors d’échanges de regards furtifs. Ça doit être à cause des événements. À Besançon tu baisses la tête pour marmonner à voix basse. Si tu lèves la tête tu aperçois des silhouettes derrière les fenêtres. Tu peux leur dire salut eh oh salut dis donc du monde aujourd’hui non? T’entendre répondre, non, d’une voix gentille, concernée d’une jeune fille que tu connais, c’est un petit samedi de fin de solde.Tu marches, tu regardes, tu penses, tu prends les passages piétons et même si tu es un usager vulnérable et que tu as la priorité regarde ou tu mets les pieds quand tu veux traverser. La ville on l’aime ou on la quitte. On la critique et on y revient. Tu manges, tu bois, tu danses, tu dors, tu recommences c’est ce qui fait vivre la ville. Si y’a pas les gens, la ville elle s’éteint toute seule. Qu’est-ce que tu veux faire en ville si y’a personne ? Elle s’ennuie la ville sans les gens. À Besançon, le Doubs est une rivière. Toutes les rivières se jettent dans l’océan. On a jamais vu l’océan trop plein repousser les rivières.

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O+O

Visages et photos.

 

De face et en noir et blanc. Une petite fille pieds nus donne à manger à une chèvre. Je porte la belle robe du dimanche mes cheveux sont lâchés.

 

Debout un homme noir tient dans ses bras un petit paquet de linge blanc. À la manière de le tenir on sait que c’est un enfant. Il est sur le seuil d’une maison face à un photographe à qui il sourit. L’enfant c’est moi. Le petit oiseau c’est elle.

 

Le bas de mon visage, du bas du lobe de l’oreille à la ligne qui passe sous le nez jusqu’à ma bouche en comprenant le menton, cette partie-là s’est étalée et prend une forme rectangulaire. Ce qui avait une forme ovale s’est transformé sur le bas. Je finis par avoir une mâchoire carrée. Je finis par ressembler à ma mère.

 

Une photo ou je tiens attachée sur mon dos, à la manière de ce pays où l’on porte  attaché sur le dos retenu par un grand morceau de tissu les enfants en bas âge qui de ce fait accompagnent les mouvements des femmes dont les mains libérées exécutent des tâches à elles seules attribuer. Cette poupée est bien trop grande pour représenter un bébé. C’est celle qui est restée dans un pays rouge mis à feu et à sang paraît-il. Je vous crois. Je suis bien obligée.

 

 

 

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Papier siouplait

 

L’envers d’un décor. Les toits les gris foncés. Les cheminées leurs casques. Les nuages la couleur du ciel. Les avions les traits blancs. La pluie les arcs-en-ciel. Les voitures et l’air qu’elles fendent. Les variations des accélérations et l’humeur que je prête au conducteur. L’impatience ou le ronronnement mécanique de l’attente. Le moteur de la ville. Les premières fenêtres en partant du ciel. Quelque chose bouge encore sur les balcons du linge et des tapis. Des objets et des humains. Combien d’objets par êtres humains ?

 

Les voix. Les voix libres des conversations à deux. Les timbres plus forts des conversations à téléphone. Les fenêtres des trois étages en face. Un parquet un lit deux places une couette blanche et le matin tôt une fenêtre allumée. Le jardin de la maison à droite. Des timbres de voix mélangées, des volumes de conversations propres aux apéros qui s’étirent.  Chacun amène une bouteille, un truc à manger. On piochera. Oui 20h00 c’est bien. Et des lumières des lampions comme avant comme les guinguettes comme les anniversaires dans les albums de Martine, comme après la guerre qu’on était soulagés, qu’on savait profiter qu’on avait moins mais qu’on savait partager, qu’il n’y avait pas encore l’obsolescence  programmée. Comme avant.

 

Des immeubles dans le fond sur le ciel ça s’allume et ça s’éteint ça passe et ça revient. Ici c’est chez moi maintenant.


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En voiture simone !

Dans un pays à côté de l’Afrique en bas à gauche au fond du couloir de l’océan indien. J’ai six ans. C’est la nuit, la pleine nuit. Qui m’a réveillée ? On m’a dit qu’elle était trop grande cette poupée pour que je l’emmène avec moi. On va où ? J’ai suivi. C’est la nuit à l’arrière d’une voiture, les enfants derrière les adultes devant. S’il te plait où on va? On est parti la nuit en catimini. À pas de loup. La nuit. Les loups. Où on va? Je n’ai pas pleuré. J’aurais dû. Ça m’aurait fait un souvenir. C’est l’enfance qui reste dans ce pays. Allez s’il te plait dis, où on va? C’est trop tôt pour partir. On reste encore un peu s’il te plait ? Encore un peu ? Encore cinq minutes. Cinq minutes. S’il te plait ? S’ilteplaits’ilteplaits’teuplaits’ilteplaitcetteplaieAllezs’ilteplaits’ilteplaitlaplaielaplaies’ilteplait?

J’ai rien dit. J’ai regardé par la fenêtre la nuit. Une nuit éclairée par devant. Une nuit traversée avec les phares d’une voiture qui éclairent la suite, le futur à deux mètres. Le chemin est là. J’ai dû m’endormir à un moment. Les voyages en voiture me font ou somnoler ou vomir. Là j’ai dû dormir. Je suis partie une nuit d’une maison dont je ne me souviens pas. Mon émotion triste, ma douleur, mon chagrin s’accrochent à une poupée rose et blanche trop grande pour que je la prenne avec moi. Je n’ai pas choisi ce départ. Je reproche de ne pas y avoir été préparée. Depuis je me méfie de tout ce qui ne se dit pas surtout la nuit Reine de l’Exil et du Silence. La voiture est dessus, la famille est dedans. Deux savent ou on va. Deux suivent. L’exil n’aura de réalité que plus tard pour le moment on y va.

 

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Vercingétorix

Février 74.

 

C’était mon premier jour d’école en France. Une France de février sous la pluie. Une couverture nuageuse qui ne s’améliorera pas à cause d’une forte dépression, un courant d’air froid qui nous vient du nord. J’aime pas le premier jour. La première fois oui mais pas le premier jour. Nous venions d’arriver en France et nous logions dans la campagne orléanaise chez les parents de ma mère. Elle revenait d’où elle était parti avec un mari antillais et deux enfants café au lait. C’était joli et ça n’étonnait personne de la part de ma mère. Nous logions dans la maison de la mère de la mère de ma mère à côté de l’école.

 

Dans la cour des pissenlits. Le pissenlit a la particularité d’avoir une très très longue racine. On le dit bouffer les pissenlits par la racine. On a ramassé des pissenlits. Ça se mange. En salade. Ça se dit raconter des salades. Fabuler. Inventer un mythe.

 

Ce qui s’est dit en classe ce jour-là, le premier, je ne m’en souviens pas. Ni de ce qui s’est dit les autres jours. S’il y a eu d’autres jours je ne m’en souviens pas. S’il y a eu une recréation. Je ne m’en souviens pas. Personne n’a fait particulièrement attention à moi dans la cour de récréation.

 

Nos ancêtres les gaulois et Vercingétorix et un fois un un et les départements français et la carte qu’on dessine en suivant les contours et le Rhône et la Loire et ses affluents. Février 74. La France. La classe rurale. La même salle que celle de mes tantes et ma mère.

 

La maison est au bout de la rue, je rentre à pied. Le premier jour d’école est fini. Voilà c’est ici j’habite ici. J’ai 6 ans le dos au mur pour le reste de ma vie et devant l’étranger qui se dresse et qui m’embrasse. La France de ma mère. Les pissenlits de mon père.

 

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En quête du fantastique 4 et 5

 

http://www.tierslivre.net/

Proposition 4

1 – un indien caché sous mon lit dans le but de me poignarder attend que je tourne le dos 2 – des visages dessinées au crayon de papier pourrissent en vitesse accélérée 3 – un trajet, un transport en commun, un grand véhicule, à l’arrêt un nain et le mot conscient m’empêche de monter dans le grand véhicule 4 – quelque chose à organiser qui reprend toujours du début 5 – un escalator qui descend un escalator qui monte parfois celui d’un Monoprix parfois celui d’un C&A, c’est toujours quand je monte que lui descend.

Proposition 5

HACHE

Le cri du canard. Hache. La femme canard cancane.  En noir et blanc. Les choses pourrissent. Contaminer par le corps. Un bruit de succion. La huitième lettre. Le 8. L’H. L’infini debout. Une consonne fricative pharyngale sourde. Une clôture et le début d’un échafaudage. Seul l’usage et la consultation. Soit tu sais soit tu te tais et t’aspire qu’on ne t’entende pas. Inaudible mais pas invisible.

Il veut l’empêcher de faire quelque chose. Il veut le rattraper. A l’intérieur de la roulotte la fenêtre est ouverte. On entend la pluie. Il l’attrape par le col, lui passe la tête par la fenêtre, la roulotte est devenue un cercueil de magicien. Un danger suspendu, la hache. La faux.

Les freaks rampent dans la boue pour rattraper Hercule dont les jambes brisées ne le portent plus. Il fuit en rampant. Tout le monde avance dans la boue illuminée de manière intermittente par les éclairs de l’orage. La détermination tranquille caractéristique typique Freaks. Croiser la lettre avec l’horreur.

Le mot le monstre. Un freak des freaks. Une métaphore de rien, à traduire par nique ta race. Forer le mot. Le forcer à dégorger et entendre un couinement. Faire entendre le couinement. La phrase comme un ver de terre fait son chemin. Après la pluie elle sortira du bois.

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En quête du fantastique la suite

Proposition 2 -

Dans la maison vide – une platine de disque – un vinyle – un 33 tours – Breaking Glasse everywhere people pissing on the stairs – un courant d’air – dans le hall huit boîtes aux lettres toutes un peu défoncées. Une brûlée. une écrite – Mort au flic – merde à celui qui le lira – Dans le salon salle à manger un papier orange légers losanges guirlandes de fleurs. Dans le hall l’escalier qui va dans les caves. Les murs de la cage d’escalier – Un souvenir jaune pisse ou bleu vieux glaviots séchés. L’escalier qui mène aux paliers. Deux portes par palier. Un œil de bœuf par porte. L’œil est derrière la porte et regarde est derrière la fenêtre et regarde est dans la serrure et regarde.

Proposition 3 -

A trois faire demi tour repasser là mais va savoir si les machines et les gros engins sont éteints, si les bras des grues font pas semblant d’attraper les gravats, de surveiller les futurs bouts de villes en attente, les écorces de routes en tranches prêtes à l’emploi posées prêt des anciennes plaques de goudron mélangées à des cailloux, c’était pas comme ça avant, si, avant y’avait pas ce mur, si, et ce bout de pancarte, ces débuts de piliers et l’écho dans la ZAE, c’est pas pour tout de suite l’activité économique, aucun monument ne culmine à part la grue, pas de repère à part elle, pas d’âme qui vivent dans l’abri-bus, ou l’algeco, rien pour prendre de la hauteur, pour s’orienter ou se protéger du chien qui se jette sur le grillage, c’est pas par là, ça ça y était pas tout à l’heure, l’ombre du pylône ou la proie du lampadaire, signalisation temporaire de danger, interdit de boire au robinet, travaux, il est pourri ce raccourci, feux tricolores temporaires, pourvu que jamais personne n’arrive en face, rester près du bord, pas trop près mais pas trop loin, que quelque chose signale quelque chose bordel, chercher la logique de construction de la zone, la logique de circulation de l’activité, la logique de consommation, penser la géolocalisation, se fabriquer un GPS mental et reprendre pied.

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En quête du fantastique

 Proposé par François Bon

  sur le Tiers livre

Atelier d’été 2015

PEUR -1

Une nuit une menace rôde à l’intérieur et opère une transformation des formes de d’habitude. Un jour, la peur d’une attaque au cœur et tomber raide sur le trottoir avec celle d’être la cible d’un gamer de jeux vidéo grandeur nature. Depuis je reste sur le qui-vive. Je n’hésite pas à fuir. Fuir sans attendre – prendre une corde et se pendre dans le vide se jeter ou chuter. Le saut sans l’élastique. Et les sons. L’univers sonore. Dans l’univers sonore le murmure des voix. Un effleurement dans le noir. Un « bouh » derrière une porte et l’arrêt cardiaque. Le monstre. Ça n’évite pas le danger de toute façon c’est pas ça le problème. Le problème c’est plus le dégout. Ou l’autre. Sinon elle a une peur passive – une fucking peur qui fige qui peut la rendre agressive. A chaque fois qu’elle riposte, le Scud part de là.

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Poésie en langue vernaculaire

Une langue vernaculaire est la langue locale communément parlée au sein d’une communauté. Wikipedia.

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Ouais allo je suis dans le bus là j’arrive à Jaurès
Avance allez va t’asseoir tu vas tomber
Je sais pas il m’ont dit de rappeler plus tard
Met ton doudou dans ta poche tu vas le perdre

Allez avance tu vas tomber va t’asseoir
Non attend mais est ce que tu te rends compte quand même
Met ton doudou dans ta poche j’ai dit tu vas le perdre
Avec elle en plus, c’est abusé une autre je dis pas mais elle on la connaît et tout,

Non mais quand même attend tu te rends compte
Viens ici tout de suite, assis, tiens toi, tu vas tomber
Avec elle en plus, c’est abusé une autre je dis pas mais elle on la connaît et tout,
Tout le monde le sait et tu sais comment c’est les commères

Viens ici tout de suite, assis, tiens toi, tu vas tomber
Il l’a pris pour une conne s’il te plait il aurait pu le dire avant
Pour elle en plus une autre je dis pas mais elle
Attends j’arrive, je descend, je te rappelle, allez on descend, t’as ton doudou?

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Mélo

 

Arbre

Mélodie. Vent du matin. Temps mort,  tant pis.

Au fond quelque chose bouge et balance. Une gentille alouette et une table trouent lair. Deux choses s’animent dans un nuage. Une bouche souvre sur la lueur de la luette et balance.  À moi crie la voix. La bouche tremble et prie le monde. Des guirlandes de lumières glissent du nuage, des petits halos lumineux, à peine distincts.  En retenue. Une petite mélodie de lumières dans le ventre entre un matin et un soir baigne un lac, une forêt, une brume. Une fée l’hiver.

 

La bouche gueule le retour de l’alouette, au-dessus du lac les guirlandes. Dans les guirlandes l’alouette danse avec la table, autour la forêt des arbres immenses. Des arbres cimes. Au pied la brume animale lèche l’écorce de la langue sans distinction de couleur ou de race avec une prédilection pour le noir. Les faits s’élèvent, les fesses aussi, bouge ton cul ça va commencer au faîte des arbres immenses.

 

Un et un million d’étoiles luisent avant que le temps ne s’enfouisse dans l’espace pour revenir éternellement dans la bouche dire ouvre, enjoindre bouge, nommer trait d’union l’antre.

 

Entre, passe le pas, papa, passe la porte, passe le par la porte celui qui est mon frère.

Ève tu dors ? Ève c’est l’heure. À  toi de jouer. Tu ne lis pas les bons mots alors tu dis n’importe quoi.

 

La mère elle, répète, c’est pas que j’aime l’aventure, je pars, c’est tout, je sens qu’il faut y aller alors j’y vais.  Après, pour la première fois elle dit, les morts sont des présences en moins et elle ajoute je m’en fiche moi des détails, je suis contente d’avoir des nouvelles mais je m’en fiche des détails, faut savoir que je suis myope. La dernière fois elle a dit le silence c’est une arme mais une arme bienveillante. Dautres auraient dit tu ferais mieux de fermer ta gueule. Elle non.

 

 

 

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